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Joe Coleman

Bienvenue dans le monde noir et joyeux de Joe Coleman.

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Seriez-vous intimidé, voir même légèrement inquiet, d’aller déranger JOE COLEMAN chez lui, son chez lui souvent présenté comme une maison des horreurs, comme un endroit fou, pour lui poser des questions sur son œuvre et sur lui-même ?
Je connaissais surtout sa réputation, mais pas vraiment son travail.
L’arrivée, dans un bel immeuble de l’Upper East Side de Manhattan, fut un grand moment d’excitation et de curiosité à l’idée de rencontrer un tel personnage du monde de l’art, au passé riche en expériences dans l’underground New-Yorkais.
La femme qui nous accueillit était vêtue de noir, avait les yeux maquillés noir charbon, les lèvres rouges, et une belle voix rauque. L’appartement était prévisiblement sombre, décoré dans un style Victorien-gothico-ludique.
Mais tout de suite, nous fumes invités au salon et au coin cuisine, au plafond entièrement recouvert de filets de pêche dans lesquels étaient pris des poissons tropicaux et venimeux, des têtes réduites, des petits animaux empaillés, des trolls hideux et des jouets en plastiques.

Whitney Ward: Mais, est-ce que l’on se connaît ? -demanda la femme en noir.
Delphine Dalquié: Je ne crois pas, non.
WW: C’est bizarre, vous me donnez la chair de poule - dit la femme en noir
DD: Pardon ? Nous sommes bizarres ?
WW: J’ai l’impression que je vous reconnais, ça me donne la chair de poule !

Ah bon ? Comme quoi, il y a vraiment des choses étranges qui se passent ici.


Un verre de vin blanc plus tard, Joe Coleman était installé sur un fauteuil et sa femme Whitney, qui est photographe, avait installé un système d’éclairage plutôt satanique. L’interview pouvait commencer.
Cet artiste a souvent été associé à la culture alternative représentée par le magazine Juxtapoz, faite de rockabilly, d’illustrateurs branchés, d’artistes de comics et tatouages, mais peut-être par faute de meilleures références.
A la fois auteur de bandes dessinées, musicien punk et country, prédicateur à ses heures, performer et peintre, Joe Coleman documente son époque, qui le fascine et l’inspire.
Ses tableaux font référence à des artistes comme Harry Houdini ou Jayne Mansfield, à des hommes politiques ou des musiciens qui font tous partie du rêve américain. Ses sujets les plus connus sont certainement les plus subversifs : de Charles Manson à Ed Gein en passant par les enfants serial killers et « le prisonnier le plus célèbre d’Angleterre », Bronson, avec qui il entretient une correspondance.
Mais son art, même s’il suscite la controverse est en réalité loin de la provocation parfois un peu légère d’une contre-culture pop américaine plus récente à laquelle il a été maladroitement assimilé.
Ses œuvres sont des peintures minutieuses aux couleurs éclatantes qui évoquent à la fois les maitres flamands, la peinture iconographique, les enluminures ou l’art hindouiste. D’un point de vue technique, ces œuvres - exécutées avec un pinceau ultrafin « à deux poils » -  exigent un travail appliqué et une patience sans limites.
Surtout, les créations de l’artiste sont le résultat d’une sincérité profonde.
Elevé dans la religion catholique, Joe Coleman est croyant, et cette influence transparait dans ses images. Il présente la vision du monde à la fois terrifiant et merveilleux qu’il habite.
Dans les années 80s il conçut ses premières performances, baptisées « Party Explosions », pour lesquelles il inventa le personnage du Professeur Momboozo. Celui-ci s’invitait à des soirées tout à fait respectables et se “faisait sauteur en l’air” grâce à une ceinture d’explosifs cachée sous ses vêtements.
Adepte des effets dramatiques il met en scène son mariage avec Whitney, muse, femme fatale, Fetish Queen et elle-même artiste. De l’arrivée en cercueil du marié aux « demoiselles d’honneur » (la traine de la robe de la mariée était portée par des nains), toute la cérémonie était peuplée de « freaks » et d’invités de qualité, tous aussi farfelus que les époux romantiques.
Joe Coleman possède une collection de monstres, sirènes de Fidji, fœtus conservés dans du formol, sculptures anatomiques en cire et autres trésors morbides exposés à l’Odditorium, sorte de cabinet des curiosités, ou vit le couple à Brooklyn.
Enfin, il entretient un lien fort avec la société de communication par l’image. Tant par sa présence sur petit et grand écran que via ses collaborations avec des personnalités du monde du cinéma tels qu’Asia Argento et Jim Jarmush, ses amis de longues dates comme Lydia Lunch, mais aussi les collectionneurs de ses œuvres, tels qu’Iggy Pop, Johnny Depp et H.R. Giger, pas moins.
Mais qui se cache en réalité derrière le masque de l’artiste « apocalyptique et visionnaire » ?
Rencontre réjouissante avec un homme charmant, élégant et plein d’humour.



Delphine Dalquié
REMERCIEMENTS

A Whitney et Joe

PHOTOS

Joe Coleman par Whitney Ward



VIDEO

Report Delphine & Claire Dalquié
Interview Sabine Morandini




MUSIC

Les tétines noires



INFOS

A Portrait of Joe Coleman
Un film de Robert Adrian Pejo
1996 - Documentaire




www.joecoleman.com