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Kuntzel+Deygas - Smoke

1 cigarette pour 2.

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Une timide brume nous guide vers la galerie SPREE perchée sur une petite colline du nord de Paris pour découvrir SMOKE, la nouvelle exposition de FLORENCE DEYGAS et OLIVIER KUNTZEL.
Immédiatement, tel une salle de jeu enfumée, notre regard est envahi d’une multitude d’œuvres. Une atmosphère des galeries du début du 19e siècle.
Des dessins aux lignes enchevêtrées comme les doigts de plusieurs mains qui s’étreignent et se mêlent. Exécuté à quatre mains ou en solo, on trouve en chaque tableau de larges traits de pinceaux vifs et fluides, entrelacs de courbes et de volutes d’où émergent poupées mutines et pattes d’ours griffus dans un écrin noir ou or.
La persistance du travail personnel de FLORENCE DEYGAS et OLIVIER KUNTZEL, comme le souligne BRUNO HADJADJ propriétaire des lieux (également fondateur du salon CUTLOG) qui suit depuis longtemps leurs travaux, nous donne un bel aperçu de l’autre talent de notre duo d’artiste.
Pour SMOKE bravons quelques interdits du political correct...
C’est une fumeuse qui vous le dit !

Lisa Shelley




Sabine Morandini : Pourquoi la cigarette et sa fumée objet de toutes les polémiques ?

Florence Deygas :
Fumée : dessin mouvant, la main tient la cigarette, et dessine avec la fumée comme avec un crayon.
Espace délimité par la fumée tel qu'utilisé dans nos dessins : écran de protection, fragmentation de l'espace, tentative de capture de l'autre, ou espace crée pour l'autre, selon les moments.
Aucun rapport avec la polémique si ce n'est que ce geste est aujourd'hui rarement considéré comme élégant et créatif.

SM : Pouvez-vous nous décrire votre univers ?
K&D : En un mot : narratif ! C’est un univers visuel où l’on rencontre des personnages, souvent des duos, construits sur l’idée d’opposition, de contraste et donc de belles harmonies ! Avec le duo La Belle et Sa Bête, nous donnons une vie toute contemporaine à ce couple improbable qui pourrait être le lointain descendant des protagonistes du conte de fée. Aujourd’hui, la Belle est top model, égérie, actrice, fashionista, et sa Bête, ne serait-ce pas ce tycoon venu d’orient, enveloppé de fourrure,  ou cette rock star qui vit en reclus sur sa tour de Babel ?

SM : Vous avez fait le générique de “Catch me if you can” de Steven Spielberg, qu'avez-vous retiré de cette expérience hollywoodienne ?
K&D : Le plaisir d’être désiré et soutenu en tant qu’artiste, ce qui nous a donné les clef pour faire un travail fort et sans concession. Petite précision : travailler pour STEVEN SPIELBERG est très à part dans le système hollywoodien, puisqu’il est son propre producteur et prend donc seul ses décisions, ce qui est rarissime à Hollywood. Nous savons maintenant que pour réussir un projet de cette envergure, nous devons avoir un dialogue direct avec l’instance supérieure. “Dieu plutôt que ses Saints” n’est pas un vain proverbe ! Sans cela, beaucoup de belles idées meurent étouffées.

SM : K+D, “Ki Dessine”, qui fait quoi ?
K&D : Pour notre thème “La Belle et Sa Bête”, je dessine l’aérienne jeune femme, et Olivier peint ou découpe à grands traits une Bête massive mais raffinée (n’oubliez pas que le cœur de la Bête est
fondant !).

SM : Votre style de dessin est très identifiable, parlez-nous en…
K&D : Dessiner avec ses mains, c’est aussi personnel que donner son empreinte digitale, aussi parlant que l’écriture manuscrite. On se livre. J’ai toujours aimé le moment du dessin car c’est du “live”. Je dessine debout, en écoutant de la musique très fort. À défaut de faire de la scène, je me lance sur ma feuille blanche, avec toujours un certain trac. C’est un moment très privé. Je ne gomme pas, je dessine d’un trait, il faut que ce soit émouvant, sinon je jette le dessin. Olivier dessine différemment. D’abord nous n’avons pas les mêmes outils. Si je suis quasi exclusivement plume et encre noire, lui il utilise des brosses, des poudres, de l’or, des vernis, et il a une maîtrise du trait que j’ai rarement vue. À part Picasso dans des documentaires, je n’ai vu personne dessiner avec autant d’aplomb des formes aussi fortes. Moi c’est plus fragile et ténu, et toujours inachevé, puisque je pense “en mouvement”. Ça, c’est mon éducation en dessin animé. Olivier  apporte a ses dessins une force quasi typographique. Qu’il dessine en petit, lorsqu’il sculpte des gommes pour en faire des tampons, ou lorsqu’il peint en grand, c’est aussi fort qu’une architecture. La force et le mouvement. Oui, c’est un peu nos différences.

SM : Votre plate-forme de travail rêvée, c’est plutôt la Nasa ou “Blade Runner”?
K&D : Justement : il nous faut les deux ! la réalité a besoin de la légende, et la légende a besoin de s’incarner dans la réalité.

SM : Quelle est la part du numérique dans votre travail ?
K&D : Un excellent complément. Impossible à quantifier parce que parfois, un simple croquis déclenche une avalanche de variations comme une vidéo, et dans ce cas, nous y passons plusieurs semaines. Parfois, c’est le dessin qui nous mange des journées, alors que l’ordinateur nous emporte tout ça au bout du monde en claquant des doigts !

SM : Internet, ça représente quoi pour vous ?
K&D : Le plaisir d’un moment égocentrique, mais que je peux partager avec le monde entier si je veux. Paradoxal !

SM : Le design aujourd’hui, qu’est-ce que c’est pour vous ?
K&D : Une entrée vers une histoire, mais il lui faut une âme.

SM : La mode vous influence-t -elle ?
K&D : Oui par un effet de résistance le plus souvent. Et quand ça craque, c’est donc que c’est bon.

SM : La musique a-t-elle une importance dans ce que vous faites ?
K&D : Elle nous accompagne beaucoup, pour dessiner, pour réfléchir. Nous l’écoutons à fond, jamais en bruit de fond. Dans ce cas, mieux vaut le silence. La musique nous inspire mais aussi les musiciens. Leur attitude, leur fonctionnement par rapport à leur art, qui est toujours en avance sur celui des autres disciplines, leur personnalité.

SM : Qu’est-ce qui vous fascine ?
K&D : Le son. Hélas il est souvent muselé, bridé, compressé. Nous venons de créer une sculpture audio qui marie design narratif et extrême sensualité sonore. Très high end. C’est un projet fou que personne n’attendait, c’était donc une urgence pour nous de nous plonger dedans. On l’a fait juste pour voir ou plutôt pour entendre !

SM : Un projet de long-métrage ?
K&D : Les narrations qui ont un début et une fin, c’est triste ! Avec Olivier, nous cherchons plutôt à esquiver la fin, quitte à ce que l’histoire soit inachevée. Au moins, elle peut rebondir, se prolonger autrement ou plus tard. Nous racontons des histoires différemment : le début sur un dessin, la suite sur un objet, etc.… C’est finalement ce qu’on aime avec les génériques d’ouverture de film. Pour “Agathe Cléry”, le  film d’ÉTIENNE CHATILLEZ, nous avons créé une séquence qui introduit le film, et pour le spectateur c’est un moment délicieux, comme une mise en bouche inattendue.


SM : Avec qui aimeriez-vous collaborer ?
K&D : C’est affreux, je ne peux pas répondre. Ni l’un ni l’autre n’osons jamais nous déclarer sur ce genre de sujet. C’est impossible. Ça a toujours été comme ça, par superstition peut-être. Se dévoiler, ce serait empêcher que les choses arrivent. Nous sommes finalement un peu comme les acteurs, qui vivent dans l’attente du désir des autres.

SM : Existe-t-il une French Touch dans l’animation ?
K&D : Elle a disparu ! Fondue dans l’immensité internationale. Regardez, pour nous : nous sommes français par inadvertance, nous avons des noms improbables, des amis partout dans le monde. Non vraiment, ce que je dois connaître de plus french, c’est ma manucure.



Texte Lisa shelley - Interview Sabine Morandini
PHOTOS

SMOKE par KUNTZEL+DEYGAS
©Olivier Kuntzel & Florence Deygas

Série "SMOKE" 80x120cm - 60X80cm
Série "GLOVES" 24x32cm



VIDEO

Exposition «SMOKE» par KUNTZEL+DEYGAS



INFOS

Galerie Spree
11 rue Lavieuville
75018 Paris
Tel :  01 42 23 41 40




galeriespree.com/