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Man On Wire

L’attentat artistique de Philippe Petit -
Interview au bout du fil

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Documentaire de James Marsh

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Le 7 août 1974, le Français Philippe Petit tend illégalement et dans un secret absolu, un fil entre les tours jumelles de New York. Après plus d'une heure de danse sur le fil, le funambule a été arrêté, et emprisonné avant d'être finalement libéré. L'attentat artistique du siècle a donné naissance au documentaire Man On Wire réalisé par James Marsh.

Sabine Morandini : Existe t-il des bateleurs aux Etats-Unis ? Ont-ils la même conception du cirque ?

Philippe Petit : Je ne peux parler que de mon esprit et de mon style car je ne suis pas né dans le monde du cirque, je suis un autodidacte, je suis devenu un troubadour qui joue ses propres créations. Dans les rues et les parcs des grandes villes des Etats-Unis, il y a des artistes qui utilisent la rue comme laboratoire, salle de répétition ou d’audition perpétuelle pour se faire remarquer et se faire engager…Généralement, ils disparaissent de cet environnement par la suite. En ce qui me concerne, j’ai choisi la rue comme scène de théâtre et je continuerais à y jouer toute ma vie. Les streets performers sont illégaux aux Etats-Unis, les parcs donnent des permis aux artistes, ce que je ne peux pas accepter. Je jongle où je veux quand je veux sans permis, je me suis fait arrêter par la police plus de 500 fois dans ma vie dans le monde entier et ça continue...

SM : Que pensez-vous des performances d’Alain Robert, est-ce une nouvelle forme d’attentat artistique ?
PP : Ma définition de l’art est autre, je trouve que l’art ne doit pas être compétitif, les arts en général ne doivent pas être un lieu de compétition où l’on prouve que l’on est plus fort et courageux que son voisin. Je n’ai rien à voir avec toutes ces personnes apparues ces dernières années sur la scène des arts et des actions aventureuses, déguisées en Superman ou en araignée réalisant 12 ascensions dans la même heure pour avoir son nom dans les livres de records. C’est quelque chose que je fuis comme la peste et qui ne m’intéresse pas du tout.

SM : Quelle est votre définition du danger ?
PP : Je pourrais écrire un livre là-dessus! C’est un sujet extraordinaire et complexe qui ne peut se réduire à quelques phrases. Je pense que le danger est une chose très personnel, que c’est une invention humaine aussi, de ne pas savoir, de ne pas étudier, ce n’est pas dangereux de se promener autour du Mont Blanc si on sait ce qu’est la montagne, si on a du respect pour la nature qui est bien plus forte que l’homme et si on s’allie à elle plutôt que de la braver. Le danger est quelque chose qui entoure ma profession de funambule, j’ai appris à travers toute mon existence à faire que le danger soit entièrement évaporé, c’est pour cela que je trouve que mon métier de funambule n’est pas dangereux !

SM : Qu’avez-vous ressenti le 11 septembre 2001 ?
PP : C’est une chose qui ne peut être réduit à une courte phrase et ce ne serait pas très noble de ma part de dire ce que je pense d’avoir perdu les deux tours que j’aimais tant car il y a eu la perte de milliers de vies humaines et on ne peut pas comparer la perte de vies humaines avec celle d’un édifice. On peut imaginer mes sentiments lors de leur destruction sachant que j’ai passé tant d’années de ma vie à tomber amoureux de ces tours et à les voir grandir.

SM : Avez-vos des projets d’écriture ?
PP : Je continue d'être de plus en plus écrivain, je viens de terminer mon 8ème livre qui est sur la construction de ma grange que j’ai construite en plusieurs années, tout seul avec mes mains, sans électricité avec des outils et dans le style du 18eme siècle. Un éditeur américain m’a demandé est ce que vous voulez faire un livre là dessus. Le livre comprend 375 dessins d’auteurs, qui mélangent le coté artistique et technique d’une aventure. J’espère que ce livre sera publié en France ! Car mon dernier livre qui est traduit et publié dans des dizaines de pays, qui a servi de support pour "Man on wire" «To Reach the Clouds» n’a pas encore trouvé d’éditeur en France depuis une dizaine d’années.

SM : Avez vous de l’amertume, des regrets par rapport à la France ?
PP : Oui, une immense amertume qui est un mot d’ailleurs bien trop tendre ! J’ai une sorte de rage, mais après tant d’années, je me rend compte qu’il vaut mieux sourire avec pitié donc j’essaye de transformer mon amertume et ma frustration par de petits haussements d’épaules et des demi-sourires.

SM : Qu’est-ce qui vous fascine ?
PP : Beaucoup de choses ! La perfection me fascine, le drame théâtral, un artiste qui émeut par son art, quelqu’un de très vieux qui continue a faire ce qu’il aime, c’est une grande leçon pour moi car c’est difficile. Je suis amoureux de l’apprentissage, la vie est courte, je voudrais tout apprendre et tout faire, si j’ouvre une vieille montre je serais fasciné par la complexité et la beauté du mécanisme de l’ouvrage! Je suis peut être fasciné constamment et par tout !

SM : Qui vous a inspiré dans le monde du funambulisme ou du cirque ?
PP : Je collectionne tout du monde du funambulisme depuis l’âge de quinze ans, le regard qui est porté sur ce monde qui a existé bien avant la création du cirque, je considère que c’est plus comme une prouesse, pas du tout un art, une chose vulgaire et dur. Il y a des gens qui m’ont inspiré et qui continue à m’inspirer. Dans l’histoire, il y a eu BLONDIN qui a traversé les rapides du Niagara, MADAME SAKI du temps de Bonaparte, mais quand on regarde ces grandes figures en fait ce n’était pas du tout des artistes, c’était des purs et durs du cirque à l’ancienne, l’art du funambule n’a peut être jamais existé, si je meurs un jour et que l’on dit que j’ai contribué à faire de l’action funambulesque un art, je serais très heureux dans ma tombe d’entendre ça. Quand on regarde le funambulisme moderne, il n’y a pratiquement plus de funambules libres travaillant dans la nature ils sont tous sous les chapiteaux du cirque à faire des exercices dangereux et uniques au monde, épatant pour le public. Il reste très peu d’artistes et c’est dommage.

SM : Comment vivez-vous votre célébrité ?
PP : Quand je croise des gens qui m’arrêtent par ce qu’ils ont lu mon dernier livre ou vu mon dernier spectacle et me demandent des autographes, je suis honoré, flatté je ne trouve pas cela artificiel. Mais ça ne m’intéresse pas réellement de cultiver ce coté « être connu », je préfère me concentrer pour mes projets et travailler, mais c’est bien d’être connu ça facilite les ouvertures des portes, c’est un bon outil de travail

SM : Etes-vous prêt à recommencer un attentat artistique ?
PP : Oui, oui, dans ma tête j’ai des dizaines de fils qui se balancent au gré du vent de mon imagination.Mais on vit dans un monde qui a beaucoup changé, et aujourd’hui ce serait pratiquement impossible de tendre un fil la nuit entre de grands buildings d’une grande ville, je me ferais tirer dessus avant que l’on me pose des questions, et à la fois, c’est étrange pour moi de dire c’est impossible car toute ma vie j’ai fait des choses impossibles! Je ne m’arrête de penser à des coups clandestins.

SM : Avez vous des projets?
PP : Le métier de funambule devient de plus en plus difficile dans le monde entier, je crois que c’est une profession qui va être illégale ou même disparaître dans quelques dizaines d’années, je continue à être funambule, je m’entraine 3h/jour et j’ai des propositions dans le monde entier, mais c'est à la fois très difficile de mettre sur pied des événements funambulesques. J’avais un projet d’opéra funambulesque dans le grand canyon, j’ai rencontré plusieurs producteurs de différents pays et puis ils ont pris peur de perdre leur funambule dans le grand canyon….Parfois c’est la réalité qui gagne, ça ne veut pas dire que l’artiste doit abandonner, ce projet n’est pas dans une petite boite noire avec une croix dessus, un jour l’ange gardien des arts va dire aller remettons ce projet à jour et faisons le. C’est un peu toute l’histoire de ma vie, il y a des projets qui prennent des dizaines d’années et qui n’aboutissent jamais ou qui aboutissent vraiment après des efforts incroyables de toute une vie.

SM : Pouvez-vous commenter ces mots :
PP : Ephémère : C’est un mot extraordinaire, on devrait prêter attention à l’éphémère on devrait avoir des cours sur l’éphémère à l’école.
Poésie : Ca ne devrait pas être défini, on devrait la sentir, c’est ce qui nous fait sourire et vivre
La Beauté du geste : C’est aussi une chose que l’on a oublié, les artisans avaient une beauté du geste, le relieur, le charpentier, le sellier, car il y avait l’amour du travail bien fait et c’est une chose que l’on a pratiquement perdu, je passe ma vie à essayer de trouver la beauté du geste !

SM : Est-ce que vous surveillez votre ligne ?
PP : Non pas du tout, mais comme mon corps devient vieux et que je ne m’arrêterais jamais, alors je contrebalance, je fais des assouplissements. Je m’arrêterais quand mon corps refusera de bouger !

SM : Aimeriez vous réaliser des projets en France ?
PP : J’aimerais beaucoup revenir en France pour mettre des fils partout dans des paysages extraordinaires et des lieux que nous avons, j’adore la France. Il faut le dire. C’est facile d’avoir des projets mais il faudrait que ça suive, par exemple le Grand Palais est un endroit féerique où j’ai mis un fil à 18 ans sans permission, et j’aimerais 50 ans plus tard y mettre un fil et faire un spectacle merveilleux.


Interview par Sabine Morandini - Propos recueillis en Avril 2010

Livres de Philippe Petit

Trois Coups   (Herscher, Paris 1983)

On the High Wire   (Random House, New York 1985)

Funambule   (Albin Michel, Paris 1991)

Traité du Funambulisme   (Actes Sud, Arles 1997)

Über mir der offene Himmel   (Urachhaus, Stuttgart 1998)

Trattato di Funambolismo   (Ponte Alle Grazie, Milano 1999)

To Reach The Clouds   (North Point Press/Farrar, Straus & Giroux, New York 2002) Traduit en 8 langues

L’Art du Pickpocket  (Actes Sud, Arles 2006)

REMERCIEMENTS

A Kathy, Emily et Philippe Petit



PHOTOS

©2008 Jean-Louis Blondeau / Polaris Images
Philippe Petit dans le doumentaire MAN ON WIRE
Photos Magnolia Pictures



INFOS

Man On Wire
Un film de James Marsh
Magnolia Pictures

Oscar du Meilleur documentaire 2009 

 



www.manonwire.com