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Précipitations

Sébastien Amadieu -
Interview

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Sébastien Amadieu
Journée des répertoires
contemporain, EnSAD

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 Jim Nastik : Je déteste la musique baroque, quelques mots pour me convaincre..

Sebastien Amadieu :
La musique baroque repose sur une notion de souplesse et d’énergie absolument extraordinaires : un personnage comme Haendel, cher à mon cœur, est capable, et de manière très consciente, de provoquer les émotions les plus extrêmes. Dans un air d’opéra ou d’oratorio, il saura t’arracher des larmes ou représenter les accents d’un personnage en proie à la fureur. La place laissée à l’ornementation rend chaque représentation unique, puisque l’interprète peut varier la mélodie sur laquelle il chante en fonction de l’instant, de son échange avec le public et de l’atmosphère de la salle. C’est pour moi la forme ultime de la musique, puisqu’elle accentue sa nature éphémère. Pour découvrir le baroque, il faut apprendre à se laisser aller.

JM : Le terme baroque au fil des siècles était souvent un mot fourre-tout pour définir des œuvres peu conventionnelles. Pour toi le baroque en 2010 c’est quoi ? (son cadre, ses frontières)

SA : Il n’y a pas de musique baroque uniforme. Lorsqu’il a fallu trouver une appellation susceptible de désigner les musiques des XVIIème et XVIIIème siècles – dans leur diversité nationale et stylistique - , c’est celui qui a été retenu, et il est très critiquable. La définition que Rousseau nous donne du mot « baroque », dans son Dictionnaire de Musique publié à PARIS en 1768, est la suivante : « Une Musique Baroque  est celle dont l’Harmonie est confuse , chargée de Modulations & Dissonances, le Chant dur & peu naturel, l’Intonation Difficile & le Mouvement contraint. » Paradoxalement, c’est tout le contraire qui se produit lorsqu’on interprète cette musique. Rien n’est contraint, tout respire de manière naturelle. En fait, il ya beaucoup plus de points communs  qu’on ne l’imagine entre une chanson de Jacques Brel et la musique d’un Marc-Antoine Charpentier pour les Stances du Cid de Corneille. C’est pourquoi le baroque aujourd’hui est avant tout une manière de vivre l’art : c'est à la fois la glace et le feu, l'intime et le grandiose. En ce sens, on pourrait dire que l'œuvre de Pierre Soulages a quelque chose de baroque. Ses grands traits nous submergent, dégagés de tout le lyrisme propre au XIXème siècle. Il y a quelque chose d'essentiel dans cette démarche.

JM : Comment choisis-tu les œuvres que tu vas interpréter ou travailler ?

SA : Je suis venu à la musique par le chant, aussi le répertoire vocal compte énormément pour moi. Absolument insensible à cette manie des « intégrales » de l’œuvre d’un compositeur, il ne me faut pas plus de 20 minutes, dans ce genre de situation, pour m’endormir en plein concert, quelle que soit la qualité de l’interprète. Le « virtuosisme », qui vise à privilégier la prouesse technique sur l’émotion, me donne de violentes démangeaisons. Je m’étonne même qu’on n’ait pas encore inventé le statut de musicien de cirque. En revanche, je suis très attaché à la constitution d’un vrai programme musical, c’est à dire une histoire – parfois simplement poétique ou abstraite – qui va prendre l’auditeur par la main, le faire passer par des émotions variées. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle je travaille régulièrement, et avec un grand plaisir, avec le metteur en scène Laura Naudeix : elle sait révéler le message plutôt que le surcharger de signes superflus. Notre dernière collaboration, Hændel da Camera, a été une belle réussite. Les spectateurs s’en souviennent encore…Ce qui compte aussi, c’est de permettre au public non connaisseur de partager l’expérience que j’ai que j’ai faite à l’âge de 10 ans en découvrant Messiah (Le Messie) de Georg-Friedrich Haendel : un véritable bouleversement. J’ai compris alors qu’une musique composée il y a 300 ans pouvais m’émouvoir, me parler de la vie comme si elle avait été écrite hier. Cette rencontre forte m’a décidé très tôt à rassembler des musiciens pour servir une musique fantastique.

JM : Peux tu nous parler de l’ensemble PRÉCIPITATIONS ?

SA
: PRÉCIPITATIONS, c’est une autre manière d’aborder le baroque. Ce n’est pas une troupe au sens constitué du terme mais la réunion d’instrumentistes et chanteurs choisis par mes soins pour servir une vision de la musique au centre de laquelle se trouve la notion de partage. Je peux interrompre une répétition pour rappeler à tous que nous sommes là pour offrir cette musique à un public et que la générosité du musicien doit s’exprimer aux premiers instants du travail. Les questions techniques ou musicales peuvent amener l’interprète à se couper des auditeurs. Le musicien peut être un grand artiste et risquer, en perdant ce contact, de dégoûter le public, surtout quand ce dernier n’est pas habitué à un répertoire. Je l’ai vu trop souvent et je ne le veux pas pour moi. PRÉCIPITATIONS est plus qu’un ensemble de musique baroque parce qu’il a vocation à prendre la parole dans de nombreux domaines, de manière non partisane, mais en s’engageant entièrement. Le musicien qui se produit en concert fait déjà beaucoup, mais il ne fait que de la musique. Je souhaite que notre présence continue de s’étendre, par le biais de fructueuses collaborations, dans le domaine de l’art contemporain, de la mode, et prenne aussi la forme d’un engagement fort en faveur de la culture comme vecteur de cohésion sociale. Le musicien est un artiste. Il doit pouvoir vivre en marge de la société, en tant qu’observateur plus ou moins avisé, mais dans la société tout de même. L’image de l’artiste narcissique et obséquieux – surtout dans le domaine de la musique dite « classique » – m’exaspère…

JM : Le succès d’un genre ou d’un style musical n’est-il qu’affaire de diffusion ?

SA : Nier que la diffusion ait aujourd’hui une place sans précédent… ce serait persister à vouloir vivre au XVIIIème siècle ! Au risque de décevoir certaines personnes qui ne se sont pas remises de la mort de Marie-Antoinette, je suis un homme du XXIème siècle, passionné par la société actuelle, son évolution, son art, ses moyens de communiquer aussi – en un mot : faire partager aux autres. Mais pourquoi communiquer quand on n’a rien à dire ? PRÉCIPITATIONS est né de cette envie de transcender les barrières habituellement dressées entre les différents arts ou styles de musiques, souvent marqués par un public inconditionnel propre à chacun d’eux. Il m’a plu de voir, lors de la création de Winterreise, des mordus d’art contemporain découvrir la force de Schubert à travers la magnifique œuvre vidéo de Flavio Curry, et des fans de musique classique s’intéresser à l’art contemporain quand ils nourrissaient d’éventuelles préventions à son égard…

JM : Le goût et l’époque n’y sont-ils pas aussi pour beaucoup ?

SA : Bien sûr. Il y a une mode du baroque qui remonte au début des années 80 et qui n’a cessé s’étendre à un public plus vaste. Suffit-il de ressusciter une œuvre de Lully qui n’a pas été donnée depuis 300 ans pour être un grand artiste ? La réponse à cette question essentielle – qui touche tant à la forme qu’au fond – tombe d’elle-même, implacable, sans pour autant sembler perturber certains ensembles, très attachés au « copier-coller » artistique.

JM : Est-il difficile de jeter des ponts entre arts anciens et art contemporain ?

SA : Contrairement à mes habitudes, je vais te donner une réponse de normand : oui, il est difficile de le faire parce que l’organisation et les budgets impliqués se voient multipliés par rapport à un concert normal. Il serait aussi illusoire de penser que les aprioris d’un public ne puissent pas constituer une barrière à la réalisation de ce type de projets. Cependant, il existe une réponse à chacune de ces questions et c’est cet aspect que je privilégie. Nous sommes à la recherche permanente de partenaires pour accompagner notre démarche et réaliser des projets de plus en plus complexes, ambitieux mais avec un réel contenu, et donc passionnants. Par ailleurs, je crois que la générosité de l’artiste tient à sa capacité à écouter patiemment et répondre aux questions des personnes qui s’interrogent sur son art. La place réservée à la pédagogie – pour utiliser ce terme générique – doit être grande. Sans cela, un artiste aura toutes les raisons de se considérer comme incompris, certes, mais - et c’est pour moi plus grave - il risque de laisser sur le côté tous ceux qui souhaiteraient découvrir, apprendre, tout en ne disposant pas des clés nécessaires à la compréhension… La responsabilité de l’artiste dans ce cas est totale. Il devrait parfois apprendre à mettre son ego dans sa poche : ce n’est pas lui uniquement qu’on vient voir, mais aussi son œuvre… De plus, la question de la créativité en art est essentielle : comment continuer à créer sans tomber, au fil du temps, dans une approche systématique, anecdotique, provocatrice ou consensuelle, et tout en se forgeant peu à peu un style, une vraie identité ? Je n’ai d’autre réponse à apporter que mes efforts permanents dans ce sens et la tentative de maintenir un recul sur mon travail, autant qu’il est possible…

JM : Ta passion te laisse t-elle de la place pour l’écoute d’autres genres musicaux ?

SA : Le temps que je consacre au travail musical et au développement des activités de l’ensemble me laisse peu de libertés. J’accorde une place dans ma vie au silence – qui m’aide à réfléchir sur mes projets en cours et à venir – mais j’essaie de rester à l’écoute des courants musicaux actuels. Je n’ai pas de prédilection particulière. Toutefois je pose un regard très critique sur ce que j’écoute : les qualités rythmiques, harmoniques, la créativité quant au texte d’une chanson ne m’échappent que rarement. J’aimerais d’ailleurs beaucoup initier une collaboration entre PRÉCIPITATIONS et un artiste de variété ou de musique électronique.

JM : Qu’est-ce qui te fascine ?

SA : La complexité des êtres et des choses exerce sur moi une fascination sans borne. J’ai toujours beaucoup appris de mes rencontres, qui sont nombreuses et variées. J’aime échanger, comprendre, et tellement de choses m’échappent encore. Dans Dido & Aeneas, chef d’œuvre dramatique de Henry Purcell, Belinda s’adresse à Didon, qui vient de vanter la beauté et le courage d’Énée, en lui disant : « A tale so strong, and full of woe might melt the rocks aswell as you ». Ce qui signifie : « un récit d’une telle puissance, et si plein de malheurs ferait fondre les rocs aussi bien que vous ». La musique baroque a cette puissance et cette beauté qui peuvent faire s’émouvoir les cœurs les plus inflexibles. Dido & Aeneas, voilà une œuvre que je souhaite aborder dans un futur proche…


Interview par Jim Nastik - Propos recueillis en Octobre 2009
 

Ce jeune homme amène cache, sous son apparence très sage, un long parcours précoce au service d'une passion : la musique baroque.
Cette passion, Sébastien Amadieu s’est mis en tête de la partager avec nous, mélomanes aux esgourdes déjà trop sollicitées…
Pour cela, il crée  « Précipitations » ensemble musical à géométrie variable, qui a pour  vocation d’interpréter et diffuser les trésors de la musique du 16e au 18e siècles, ainsi que les oeuvres contemporaines écrites pour instruments anciens. En concert, s’associant à différents acteurs de l’art contemporain, « Précipitations » nous propose une écoute en permanence renouvelée, plus proche de la performance que du concert classique. Priorité à l’émotion, émergence d’un nouveau genre ?  Le Baroque/émo ?
« Baroque » reste encore aujourd'hui le mot incontournable pour cataloguer l’indéfinissable... Dans d'autres genres musicaux, on utiliserait plutôt les termes « xp » ou « open  mind ». Hum….. Ce pourrait -il que certaines musiques soient baroques sans le savoir ?...
Pleine d'avenir, l'exploration musicale de Sébastien Amadieu ne vous laissera pas indifférent, sur la pointe des pieds, il faut y entrer doucement… Sans....Précipitations


Jim Nastik

REMERCIEMENTS

A Lise Chevet



VIDEO

Flavio Cury

Espace Pierre Cardin, Paris

Show Off, salon international d’art contemporain



MUSIC

Winterreise(Voyage d’Hiver) Franz Schubert

Hervé Lamy Ténor

Anne Le Bozec Piano



INFOS

Ensemble Précipitations
Sébastien Amadieu
Proposition artistique
12 rue Angélique Vérien
92200 NEUILLY-SUR-SEINE 



www.precipitations.com
www.flaviocury.net